• Hugues Dorgueil

HISTOIRE : Winoc, moine de Wormhout

Mis à jour : 27 janv. 2019

Passé de l’ombre à la lumière, Winoc après avoir sombré dans l’oubli retient à nouveau l'attention de nos contemporains à l’occasion des 1300 ans de sa mort.

Afin de nous familiariser avec ce personnage historique qui a marqué la vie à Wormhout, remontons le cours du temps pour retrouver des traces de Winoc et arrêtons le compteur à l’an 717 de notre ère. Il s’agit de l’année de sa mort bien que celle-ci ait été située aussi en 716.

Illustration autorisée par le Musée de Bergues


Pour commencer l’enquête posons-nous la question de ce qui reste aujourd’hui de Winoc. Des livres d’historiens sagement rangés dans des bibliothèques, de vieux ouvrages dont celui d’un moine bénédictin prénommé Drogon, conservé jalousement dans le coffre-fort du musée de Bergues. L’auteur y raconte la vie de ce personnage avec force de détails sur les miracles. Dans un autre style que la légende dorée, d’autres ouvrages font leur apparition les siècles suivants la disparition de Winoc.


Plus proches de nous, nous retrouvons un récit dans les annales du Comité flamand de France sous la belle plume de Charles De Croocq. Quoi d’autre sur Winoc ? Des médailles, des bustes ou des statues dans des lieux de cultes. Preuve supplémentaire que le personnage, même s’il est de moindre importance que d’autres saints, a laissé son empreinte à un tel point qu’on veuille le garder près de soi pour se souvenir. Revendiqué principalement par les communes de Wormhout et de Bergues, Winoc est aussi exposé au regard de tous au musée de Bergues, sous la forme d’un reliquaire étincelant représentant son visage. Jadis objet de vénération, le voilà devenu objet d’art suscitant la curiosité, protégé dans ce qui fut jadis le Mont de piété à quelques pas de l’église de Bergues.


« Sans tirer avantage de son origine princière ou de sa qualité de supérieur, saint Winoc ne cherchait qu’à se faire oublier, si grande était son humilité » Charles De Croocq

Sans oublier le géant Winoc’tje créé au printemps 2017 dans le cadre des festivités Winoc 1300 ans, par l’association des Amis des géants de Wormhout.

Dans cet inventaire, notons encore des illustrations, des tableaux dont le fameux Bain de la Colme, source de miracle et surtout des statues au regard lointain figé pour l’éternité, contemplant l’indicible. À Bergues comme à Wormhout, la statue de Winoc s’impose par sa grande silhouette qui, selon les heures de la journée, profite des rais de lumière traversant les vitraux des églises. Son visage varie entre la bonté et la sévérité, marqué par une dure vie monacale empreinte de privations.


Penser aujourd’hui Winoc avec les clichés que nous avons des moines des 19ème ou 20ème siècle serait l’amputer de sa vérité. Les conditions de vie au 7ème et 8ème siècle sont plus rudes qu’on ne l’imagine dans un territoire flamand submergé régulièrement par de violents retours de la mer dans les terres en raison de l’instabilité de la côte. Et les marées influencent les cours d’eau jusqu’au pied du mont de Bergues. Les populations évoluent dans de petits centres entre forêts et marécages.


La Flandre est alors traversée par quelques routes principales héritées de l’Empire romains désignées à juste titre voies romaines. Elles permettent de se rendre de Cassel à Boulogne et à Thérouanne ; d’Arras à Bavais et Tournai. D’autres voies dites secondaires relient l’intérieur au maritime favorisant l’accès à la côte par Wormhout et Wylder ou par Steene et vers Furnes par Hardifort et Oost-Cappel.


Pour se faire une idée de la Flandre il y a plus de mille ans, comment ne pas partager cet extrait rédigé par Charles De Croocq : « Dans ce pays âpre et humide, boisé et marécageux, au milieu d’un peuple au caractère farouche, où s’agitait encore un levain de rudesse germanique, saint Winoc allait passer la plus grande partie de sa vie terrestre : par sa douceur, sa bonté conquérante et ses vertus, il s’attachera ces populations en leur inspirant confiance ; avec son ardeur apostolique, il se donnera complètement au service de ses frères et consacrera son zèle d’homme de Dieu au salut de la contrée. »


Il n’a pas échappé aux lecteurs combien, des siècles plus tard, l’exemple de Winoc auréolé de ses miracles servira les desseins d’un clergé soucieux de rassembler le plus grand nombre de fidèles autour de vénérations solennelles.


Le souvenir d’un moine dévoué à la population tel que Winoc et proche des gens a incité à l’offrir en modèle aux fidèles des paroisses de Flandre. De quoi assoir aussi la réputation de la nouvelle abbaye de Bergues dès l’an 900, devenant au fil des siècles jusqu’à la Révolution un grand centre religieux et intellectuel de Flandre maritime.


(Extrait du livret que j'ai réalisé dans le cadre de l'anniversaire 717-2017 de saint Winoc)