• Hugues Dorgueil

Guérisseurs : anecdote de notre campagne !

Il y a quelques années, avec la complicité de Marguerite-Marie Blanckaert, un habitant d'une commune du canton d’Hondschoote, a confié son témoignage sur les guérisseurs en Flandre.


« En 1945, pendant les grandes vacances, mes camarades et moi jouions souvent avec de la poudre extraite de munitions abandonnées par les soldats qui rejoignaient Dunkerque en 1940. Nous emplissions une boîte métallique que l’on enterrait au ras du sol et alignions des bâtons de poudre de cinquante centimètres puis y mettions le feu en nous écartant en courant. Généralement, il s’en suivait une explosion et une grande flamme.


Nous avions, une fois de plus, réalisé une opération similaire. Après quelques secondes et que rien ne s’était passé, l’un d’entre nous a dit : « C’est loupé ». Revenu rapidement sur le lieu, je m’étais penché et, à ce moment-là, l’explosion a eu lieu. La flamme m’a brûlé les sourcils, la partie avant de mes cheveux et la figure.

Revenu rapidement à la maison, la dame qui remplaçait ma mère partie chercher des marchandises pour le café qu’elle tenait, a demandé à quelqu’un d’aller chercher la factrice du village. Elle avait le don de guérir les brûlures. Cette personne est revenue peu après en disant que la factrice ne pouvait se déplacer car elle était malade. Il fallait donc me conduire chez elle. J’ai alors dit que ce n’était pas nécessaire et que je connaissais une autre personne qui pourrait le faire parce que je l’avais vue faire.

Aussitôt, quelqu’un s’est empressé d’aller chez cette personne. Elle habitait à 100 mètres. Dès mon arrivée, elle m’a regardé et a dit : « Ça va aller mon garçon ! ». Elle a demandé un œuf frais, de l’huile à salade et un petit verre d’alcool. Je crois que c’était du genièvre. Elle a ensuite cassé l’œuf pour en séparer le jaune, l’a mélangé à l’huile puis, avec un pinceau, a enduit le mélange sur toute la surface brûlée. Elle a ensuite sorti de son sac un morceau de couleur brun clair qu’elle a trempé dans le verre d’alcool et l’a fait courir sur le pourtour de la surface brûlée en récitant une prière en flamand. Pendant cette opération ma mère est arrivée. Elle s’est fâchée et m’a menacée d’une correction. La guérisseuse l’en a empêché et lui a dit : ‘K hen afgeleezen » (Je l’ai chassé par la prière). Il faut maintenant le mettre au lit.


Extrait de mon essai "Passeurs de l'indicible"

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