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  • Hugues Dorgueil

MEMOIRE : souvenir brouckerquois avec Simone Drieux-Bonnaillie

Mis à jour : 27 janv 2019

Quatre-vingt trois ans de vie au village dont elle est originaire, Simone, née Bonnaillie, est de cette génération qui a traversé bien des épreuves.


En 2018, Simone Drieux-Bonnaillie nous a quittés (Ce reportage a été réalisé en 2013)


Elle a connu l'évolution du monde agricole dont elle est issue. Troisième d'une famille de quatre enfants, Simone a vécu avec ses parents à la ferme route de Looberghe, presque à la limite des communes de Brouckerque et de Looberghe. « Mariés le 5 février 1921 à Looberghe, ses parents Georges et Gabrielle se sont installés au Dieppe Straete. C'était une petite ferme avec 25 hectares, raconte Simone, nous avions deux chevaux, des cochons et sept à huit vaches ». Ses racines rurales sont bien ancrées en ce petit coin de Flandre et elles sont encore bien profondes.

“Je suis allée à l'école des filles de Brouckerque, de 6 à 14 ans , se souvient encore Simone, on allait à pied à l'école, trois kilomètres à l'aller et autant au retour.”

Une vie de labeur

C'est également avec un Brouckerquois, Aymard Drieux qu'elle va se marier en 1951. Lui a grandi au centre du village : sa mère tenait un estaminet à proximité de l'église. Il continuera l'activité agricole ainsi que son épouse et suite au décès de son frère il poursuit la gestion de l'entreprise de battage. Puis, le maire de l'époque, Georges Adriansen lui proposera en 1965 d'assurer un peu de secrétariat puisque le nouveau directeur d'école n'avait pas souhaité prendre la fonction de secrétaire de mairie. Ce sera l'opportunité pour Aymard de devenir dès 1966, secrétaire de mairie de Brouckerque et à Craywick jusqu'à sa retraite. Ensemble, Simone et Aymard ont partagé leur passion pour leur village. Et ils l'ont transmise à leurs enfants et petits enfants. En évoquant sa jeunesse, Simone ne cache pas que cela était difficile comparé à aujourd'hui. Pas de distractions organisées par les municipalités de l'époque.« Tout le monde travaillait, explique-t-elle, les enfants participaient aux travaux de la ferme ». En fonction des âges, les tâches étaient réparties. A la maison, Simone avec ses frères et sœurs, Suzanne, Michel et Raymonde ont très vite pris leur part dans l'organisation et le quotidien de l'exploitation.


Dès leur enfance, cela se planifiait avec leur scolarité : « je suis allée à l'école des filles de Brouckerque, de 6 à 14 ans , se souvient encore Simone, on allait à pied à l'école, 3 kilomètres à l'aller et autant au retour. L'école des filles c'est aujourd'hui celle de la commune, rue abbé De Becco. L'école des garçons était dans le bâtiment de la mairie ». En remontant le cours du temps, des images reviennent à la surface, comme cet hiver 1942, Simone et des camarades de son âge, au retour de l'école jouaient sur le chemin « en glissant sur le watergang gelé ». C'était des distractions simples mais inoubliables.

A l'école de 6 à 14 ans

En revenant sur la scolarité au village, Simone explique « il n'y avait pas de cantine. Les écoliers apportaient avec eux de quoi manger. C'était souvent un repas très simple. Nous apportions les légumes et pendant la récréation on faisait la soupe. Plus tard, je devais avoir 12 ans, la directrice ne voulait plus que cela se passe ainsi. Nous sommes allés chez Sidonie Valckenaert-Bonnaillie. Elle tenait un café à l'angle de la rue de Bergues et de Looberghe. Je me rappelle l'enseigne Au Bon coin et il y avait une écurie pour vingt chevaux. Le dimanche matin, les familles venant en voiture à cheval y déposer les calèches dans la grande cour à l'arrière de l'estaminet ».

La vie des écoliers n'avait rien de commun avec celle du XXIe siècle. « Au milieu de la salle de classe trônait un grand poêle à charbon et bois que l'on allumait en arrivant. Nous étions une vingtaine d'enfants. Nous avions école de 9 h à 12 h et de 14 h à 17 h ». Pour les enfants comme Simone, de retour à la ferme, « il fallait d'abord faire manger les bêtes, traire les vaches avant de songer aux devoirs. Le travail à la ferme était prioritaire. L'été, il fallait chercher le pissenlit pour les lapins, nous parcourions la campagne ». Les journées étaient rythmées sur la vie de la ferme, les enfants, surtout les plus grands, savaient qu'il fallait rentrer avant les 17 heures pour la traite des vaches.

Dès l'âge de 14 ans, c'était le plus souvent l'entrée dans la vie des adultes, le travail des champs, « j'allais aussi à l'usine pour livrer les betteraves. Je conduisais les chevaux pour le travail de la terre, comme le faisait notre frère ». Ce fut une vie de labeur, d'épreuves « nous n'avions pas beaucoup mais on ne se plaignait pas. Les jours de fêtes, les ducasses et les bals, nous nous retrouvions entre familles et amis. Je me souviens, nos parents acceptaient que nous allions à Cassel pour le Lundi de Pâques. On s'y rendait à vélo avec pour impératif de revenir avant 17 heures ! Ma mère était un dragon » dit Simone en esquissant un sourire. Cette rigueur n'a jamais été un poids pour autant.